Recruter en hôtellerie-restauration: causes et solutions

Vous cherchez un cuisinier depuis trois mois. Votre dernier commis est parti au bout de six semaines. Et vous avez réduit vos jours d'ouverture faute de bras.

Vous n'êtes pas seul. Au quatrième trimestre 2022, dernière enquête publiée par la DARES sur ce sujet, 75 % des entreprises de l'hébergement-restauration déclaraient rencontrer des difficultés de recrutement.

Le diagnostic est connu. Ce qui l'est moins, ce sont les leviers qui fonctionnent réellement, et l'ordre dans lequel les actionner.

Cet article commence donc par les solutions, et traite les causes ensuite. Vous y trouverez aussi un dispositif officiel encore peu utilisé par les restaurateurs : la liste régionale des métiers en tension.

Dans cet article :

Sept leviers pour attirer et garder vos équipes

Aucun ne fonctionne seul. Combinés, ils font la différence entre un établissement qui recrute et un établissement qui subit.

1. Donner de la visibilité sur les plannings

C'est le premier motif de départ cité par les salariés du secteur, avant même le salaire.

Un roulement de planning connu à l'avance, deux jours de repos consécutifs, des amplitudes horaires respectées : ces engagements coûtent en organisation, pas en trésorerie. Ils sont souvent décisifs face à une offre concurrente.

2. Écrire une vraie fiche de poste

« Recherche serveur, CDI, expérience exigée » ne dit rien.

Une annonce qui précise les horaires réels, les jours de repos, la taille de l'équipe, le nombre de couverts par service et les perspectives d'évolution filtre naturellement les candidatures et réduit les désistements après signature.

La même fiche sert ensuite à cadrer le poste, à conduire les entretiens annuels et à désamorcer les conflits de territoire entre salle et cuisine.

3. Soigner l'intégration des premiers jours

Une part importante des départs se joue dans les deux premières semaines.

Un référent désigné, une présentation à l'équipe, une explication des procédures et un point à quinze jours suffisent souvent à transformer un essai en collaboration durable.

4. Reconnaître le travail fait

Le manque de reconnaissance revient dans presque tous les témoignages de salariés qui quittent le secteur.

Cela ne suppose ni budget ni cérémonie : un retour explicite après un service difficile, une remarque devant l'équipe plutôt qu'en privé, un débriefing qui n'énumère pas seulement les erreurs.

5. Offrir des avantages concrets

À rémunération comparable, ce sont les avantages qui font pencher la balance.

  • Les repas et les avantages en nature valorisés clairement sur le bulletin de paie.
  • Une prime de partage de la valeur, quand les résultats le permettent.
  • Un comité social et économique externalisé pour les petites structures.
  • Une progression salariale liée à l'ancienneté, annoncée dès l'embauche.

6. Former, y compris vos managers

Un salarié qui progresse reste. Un manager formé retient son équipe.

C'est le levier le plus sous-estimé : la qualité du management pèse autant que le salaire dans la décision de rester, et elle relève entièrement de vous.

Trois de nos formations répondent directement à cet enjeu : manager une équipe en hôtellerie-restauration, éligible au CPF, gérer les conflits dans son équipe et développer une cohésion d'équipe.

7. Élargir le vivier au-delà du secteur

La fidélisation de la main-d'œuvre baisse : selon la DARES, seuls 66 % des salariés de l'hébergement-restauration en poste en juillet 2021 travaillaient encore dans le secteur un an plus tard, contre 68 % avant la crise sanitaire.

Recruter uniquement parmi les professionnels du secteur revient donc à puiser dans un vivier qui se réduit. Plusieurs établissements recrutent désormais sur le savoir-être et forment ensuite au métier.

L'UMIH met par ailleurs à disposition moncvnum.fr, une application gratuite qui constitue une CVthèque accessible à toutes les entreprises du secteur.

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Le dispositif des métiers en tension, encore peu utilisé

L'arrêté du 21 mai 2025, publié au Journal officiel le 22 mai 2025, fixe la liste régionale des métiers en tension. Il s'agit des métiers pour lesquels les employeurs rencontrent des difficultés persistantes de recrutement.

Son intérêt est concret : lorsqu'un métier figure sur la liste de votre région, le recrutement d'un candidat étranger est facilité, avec des démarches allégées sur le titre de séjour et l'autorisation de travail.

Deux points de vigilance.

  • La liste est régionale. Un métier reconnu en tension en Auvergne-Rhône-Alpes peut ne pas l'être en Île-de-France, à difficultés égales.
  • Tous les métiers du secteur n'y figurent pas. Vérifiez la situation exacte de votre poste dans votre région avant d'engager une démarche.

Le tableau récapitulatif par région est diffusé par les organisations professionnelles du secteur.

Pourquoi le secteur peine à recruter

Comprendre les causes permet de choisir les leviers, pas seulement de constater la difficulté.

Cause Ce qu'elle produit Le levier correspondant
Horaires décalés et coupures Difficulté à concilier vie professionnelle et personnelle Visibilité des plannings, repos consécutifs
Salaires peu compétitifs Départs vers d'autres secteurs à horaires réguliers Avantages concrets, progression à l'ancienneté
Pression et stress du service Rotation élevée, tensions dans l'équipe Formation au management et à la gestion des conflits
Manque de reconnaissance Démotivation, départs sans préavis Retours réguliers, débriefings constructifs
Déficit de qualification Candidatures nombreuses mais peu adaptées Recruter sur le savoir-être, former en interne
Image du secteur Peu de jeunes talents attirés Marque employeur, annonces transparentes

Le départ à la retraite des salariés expérimentés accentue le phénomène : leur savoir-faire quitte l'établissement avec eux, sans transmission organisée.

Ce que coûte un poste non pourvu

Les conséquences dépassent largement la ligne « masse salariale ».

  • La qualité de service baisse, avec un effet direct sur les avis en ligne et donc sur la fréquentation.
  • La charge des équipes en place augmente, ce qui alimente l'absentéisme et le turnover. Le manque de personnel produit du manque de personnel.
  • Les horaires d'ouverture se réduisent. Certains établissements suppriment un service ou ferment un jour de plus par semaine.
  • Les projets de développement s'arrêtent. Ouvrir une seconde adresse suppose une équipe formée.

C'est ce cercle qu'il faut casser en priorité, avant même de publier une nouvelle annonce.

À retenir
  • Au quatrième trimestre 2022, 75 % des entreprises du secteur déclaraient des difficultés de recrutement, selon la DARES.
  • La visibilité des plannings pèse souvent plus que le salaire dans la décision de rester.
  • Une part importante des départs se joue dans les deux premières semaines : l'intégration est un levier à coût nul.
  • La qualité du management retient les équipes, et elle dépend entièrement de vous.
  • L'arrêté du 21 mai 2025 facilite le recrutement de candidats étrangers sur les métiers reconnus en tension dans votre région.

Questions fréquentes

Six causes se cumulent : horaires décalés et coupures, salaires peu compétitifs face à des secteurs à horaires réguliers, pression du service, manque de reconnaissance, déficit de qualification et image dégradée du secteur. Au quatrième trimestre 2022, 75 % des entreprises de l'hébergement-restauration déclaraient rencontrer des difficultés de recrutement selon la DARES.
Commencez par l'annonce : précisez les horaires réels, les jours de repos, la taille de l'équipe et le nombre de couverts. Élargissez ensuite le vivier au-delà du secteur en recrutant sur le savoir-être, puis formez au métier. Enfin, soignez l'intégration : une part importante des départs se joue dans les deux premières semaines.
La visibilité des plannings et la qualité du management pèsent souvent davantage que le salaire. S'y ajoutent la reconnaissance du travail fait, des avantages concrets valorisés clairement et une progression salariale annoncée dès l'embauche. Former ses managers est le levier le plus sous-estimé.
Fixée par l'arrêté du 21 mai 2025, elle recense par région les métiers pour lesquels les employeurs rencontrent des difficultés persistantes de recrutement. Lorsqu'un métier y figure dans votre région, le recrutement d'un candidat étranger est facilité, avec des démarches allégées sur le titre de séjour et l'autorisation de travail. La liste varie d'une région à l'autre.

Le management est le premier levier de fidélisation

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Stéphane Gély

Dirigeant et formateur chez AVENTUM. Fort de plus de 15 ans d’expérience en hôtellerie-restauration, il accompagne les professionnels du secteur, notamment sur les formations au permis d’exploitation et en hygiène alimentaire (HACCP).