Comment ouvrir un bar ?

Ouvrir un bar attire beaucoup de porteurs de projet. C'est aussi l'un des commerces les plus encadrés qui soient.

La différence avec un restaurant tient en une phrase : dans un bar, on consomme de l'alcool sans repas. Cela impose une licence III ou une licence IV, et change entièrement la nature du projet.

Car voici le point que découvrent beaucoup de porteurs de projet, souvent trop tard : la licence IV ne peut plus être créée en France. Vous devrez l'acheter, la louer ou la faire transférer. La licence III, elle, peut être créée, mais seulement si votre commune n'a pas atteint son quota.

Autrement dit, votre projet ne dépend pas seulement de votre concept et de votre budget. Il dépend d'un titre administratif dont la disponibilité varie d'une commune à l'autre.

Ce guide reprend l'ensemble du parcours : le choix du concept, la licence, les formations obligatoires, les lieux où vous ne pouvez pas vous installer, les normes du local, la musique, la revente de tabac et vos obligations quotidiennes.

Si votre projet porte plutôt sur un établissement où l'alcool accompagne les repas, consultez notre guide pour ouvrir un restaurant.

Au sommaire de cet article

Quel concept de bar ouvrir ?

Avant les démarches, le concept. Il détermine votre clientèle, vos horaires, votre carte, et surtout la licence dont vous aurez besoin.

Un conseil avant de vous attacher à une idée : vérifiez la disponibilité d'une licence IV dans votre commune avant de finaliser votre concept, et non l'inverse. Beaucoup de projets de bars à cocktails se transforment en bars à vin faute d'avoir posé cette question au bon moment.

Format Ce qui le caractérise Licence nécessaire
Bar d'ambiance, pub, lounge Carte large, spiritueux et cocktails, service en soirée Licence IV
Bar à vin, bar à bière Carte spécialisée, souvent accompagnée de planches Licence III suffit
Bar à cocktails Spiritueux et mixologie Licence IV obligatoire
Bar-restaurant, café-brasserie Service de repas et service au comptoir Licence III ou IV selon la carte
Bar à tapas, snack-bar Petite restauration en accompagnement Licence III ou IV selon la carte
Bar de nuit, bar dansant Ouverture tardive, musique amplifiée Licence IV, avec contraintes sonores renforcées
Bar sans alcool Bar à jus, coffee shop, bar à smoothies Aucune licence
Bar associatif Porté par une association, souvent ponctuel Autorisation temporaire ou licence selon la régularité

Le cas du bar sans alcool

Si votre carte se limite aux boissons du groupe 1, eaux, jus, sodas, café ou thé, vous n'avez besoin d'aucune licence ni d'aucun permis d'exploitation.

C'est le cas des bars à jus, des coffee shops et des bars à smoothies. Votre projet s'en trouve considérablement simplifié.

Le cas du bar associatif

Une association peut servir de l'alcool sans détenir de licence permanente, dans le cadre d'une autorisation temporaire délivrée par la mairie. Elle est limitée en durée, plafonnée en nombre par an et restreinte aux boissons des groupes 1 et 3.

Si l'activité devient régulière, ce cadre ne suffit plus : il faut alors une licence de droit commun. Le détail figure dans notre article sur la réglementation des débits de boissons temporaires.

Licence 3 ou licence 4 : le choix qui structure tout

C'est la décision la plus lourde de conséquences de votre projet, et elle se prend très tôt.

Licence III Licence IV
Ce qu'elle autorise Groupes 1 et 3 : boissons sans alcool, vin, bière, cidre, vins doux naturels et liqueurs jusqu'à 18° Tous les groupes autorisés, y compris les spiritueux distillés
Comment l'obtenir Création possible auprès de la mairie Achat, location ou transfert. Aucune création possible
Coût Gratuite, seul le permis d'exploitation est payant Variable selon la commune et la rareté locale
Limite Soumise au quota communal Soumise au quota communal
Le quota communal, à vérifier avant tout engagement
  • Un débit de boissons à consommer sur place de 3e catégorie ne peut pas être ouvert dans une commune où il existe déjà un établissement de cette nature, ou de 4e catégorie, pour 450 habitants.
  • Concrètement, une commune de 45 000 habitants ne peut compter que 100 licences III et IV cumulées.
  • Ce plafond explique pourquoi les licences IV se négocient : leur nombre est fermé, et la demande ne l'est pas.
  • Appelez le service des débits de boissons de votre mairie avant de signer quoi que ce soit.

Trois voies existent pour obtenir une licence IV.

  • L'achat, généralement avec un fonds de commerce. Voir notre guide pour obtenir une licence 4 et notre article sur le prix d'une licence 4.
  • La location, moyennant un loyer, ou la location-gérance du fonds entier.
  • Le transfert depuis une autre commune, sous conditions et avec autorisation préfectorale. Voir notre article sur le transfert d'une licence 4.

Pour comparer les deux licences en détail, consultez notre article sur la différence entre licence 3 et licence 4. Pour créer une licence III, voir comment obtenir une licence 3.

Vérifiez la validité avant d'acheter
  • Une licence III ou IV qui cesse d'être exploitée pendant plus de cinq ans est considérée comme supprimée.
  • Si vous reprenez un établissement fermé depuis longtemps, faites vérifier ce point avant toute signature. Une licence périmée ne se réactive pas.

Les formations obligatoires

Une seule formation s'impose dans tous les cas, une seconde dépend de votre carte.

  • Le permis d'exploitation est obligatoire dès que vous exploitez une licence III ou IV. Il s'obtient à l'issue d'une formation réglementaire et il est valable 10 ans. Il est nominatif : le permis du cédant ne vous couvre pas.
  • La formation en hygiène alimentaire devient obligatoire dès que vous servez à manger, même de simples tapas ou planches. Elle dure 14 heures, dont 4 heures en présentiel depuis l'arrêté du 12 février 2024. Une seule personne de l'établissement doit l'avoir suivie.

Le détail de chaque formation, les durées selon votre profil et l'ordre dans lequel les passer figurent sur notre page dédiée : quelles formations pour ouvrir un bar.

Aucun diplôme n'est en revanche exigé. Voir notre guide : faut-il un diplôme pour ouvrir un restaurant ou un bar.

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CERFA officiel délivré en fin de session, organisme agréé par l'État

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Où pouvez-vous vous installer ?

Toutes les adresses ne se valent pas, et certaines sont tout simplement interdites.

Le préfet fixe par arrêté départemental des zones protégées, à l'intérieur desquelles aucun débit de boissons à consommer sur place ne peut s'implanter. L'énumération des établissements concernés est limitative.

Les périmètres obligatoires

Le préfet a l'obligation d'instaurer une zone de protection autour :

  • des établissements de santé : hôpitaux, maisons de retraite, établissements publics ou privés de prévention, de cure et de soins comportant hospitalisation, dispensaires départementaux, centres d'addictologie ;
  • des équipements sportifs : stades, piscines, terrains de sport publics ou privés ;
  • des entreprises industrielles ou commerciales groupant habituellement plus de 1 000 salariés.

Le préfet peut par ailleurs créer, s'il l'estime nécessaire, une zone protégée autour des établissements d'enseignement publics et privés, ainsi que des établissements de formation ou de loisirs de la jeunesse.

Les distances varient fortement d'un département à l'autre, de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres, et parfois selon la taille de la commune. Elles se calculent en ligne droite au sol, entre les accès les plus proches des deux établissements.

Deux précisions utiles.

  • Ces interdictions ne concernent pas les établissements qui ne vendent que des boissons sans alcool.
  • Dans les communes comptant au plus un débit de boissons, le préfet peut autoriser une installation en zone protégée, après avis du maire, si les nécessités touristiques ou d'animation locale le justifient.

La liste précise et les distances applicables figurent dans l'arrêté préfectoral de votre département. Le détail du dispositif est présenté par la CCI Paris Île-de-France et à l'article L3335-1 du code de la santé publique.

Notre conseil : demandez l'arrêté préfectoral en vigueur à votre préfecture avant de signer un bail, et faites vérifier la distance depuis l'adresse exacte du local. Une erreur sur ce point rend le projet irréalisable.

Le local, les normes ERP et la sécurité

Un bar est un établissement recevant du public de type N. Il relève à ce titre de règles précises en matière de sécurité et d'accessibilité.

  • Le respect de la réglementation ERP, dont les obligations varient selon la capacité d'accueil.
  • L'installation d'alarmes, de sorties de secours et d'un plan d'évacuation.
  • La conformité des sanitaires.
  • L'accessibilité aux personnes à mobilité réduite.

Vérifiez également l'adéquation du local avec le plan local d'urbanisme de la commune.

Faites contrôler la conformité avant de signer votre bail. Une mise aux normes non anticipée peut représenter une part considérable de votre budget d'installation, et le non-respect de ces règles expose à une fermeture administrative.

La musique : redevances et niveau sonore

Si vous diffusez de la musique, deux organismes perçoivent des redevances distinctes.

  • La SACEM, au titre des droits d'auteur. Son répertoire couvre plusieurs dizaines de millions d'œuvres françaises et internationales. La redevance est due quel que soit le support : radio, webradio, télévision, plateformes en ligne, CD.
  • La SPRÉ, au titre de la rémunération équitable des artistes-interprètes et des producteurs.

Les barèmes dépendent notamment du nombre de places assises et de la population de votre commune. Demandez un devis aux deux organismes en amont : c'est une charge fixe à intégrer à votre prévisionnel.

S'ajoute le respect du niveau sonore. Le décret de 2017 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et sons amplifiés limite le niveau sonore moyen à 102 décibels sur quinze minutes dans les bars et discothèques diffusant de la musique amplifiée.

Les lieux diffusant des sons amplifiés à des niveaux élevés doivent en outre faire réaliser une étude de l'impact des nuisances sonores.

Bar-tabac : deux situations à ne pas confondre

C'est la confusion la plus fréquente, et elle a des conséquences très concrètes sur votre projet.

Revendre du tabac dans un bar ordinaire

Un bar titulaire d'une licence III ou IV peut revendre du tabac à ses seuls clients, sans devenir buraliste.

La démarche est simple. Vous contactez le débitant de tabac le plus proche de votre établissement, qui remplit une attestation (CERFA n° 15349*02). Vous remplissez de votre côté une déclaration d'engagement (CERFA n° 15348*02). Cette formalité doit être accomplie au moins quinze jours avant le début de la revente.

S'appliquent ensuite plusieurs règles.

  • Vous vous approvisionnez auprès du buraliste, qui vous remet un carnet de revente à compléter à chaque approvisionnement, limité à 20 kg par mois sauf exception.
  • Vous ne pouvez pas vendre à perte, mais vous pouvez vendre à prix coûtant.
  • Vous devez proposer des tabacs d'au moins trois fabricants différents.
  • Vous ne pouvez ni exposer les tabacs à la vue de la clientèle, ni en faire la publicité.
  • Aucune modification de composition ou de présentation n'est possible. La vente à l'unité est interdite.

La revente est strictement réservée à vos clients, usagers et personnels.

Ouvrir un véritable bar-tabac

C'est un tout autre projet. Un débit de tabac n'est pas un commerce libre : le buraliste est lié à l'État par un contrat de gérance, et seule la direction générale des Douanes et Droits indirects peut décider de l'ouverture d'un nouveau bureau de tabac.

Deux voies existent.

  • La succession : vous êtes présenté par un débitant qui cesse son activité, comme successeur à la gérance du débit associé au fonds de commerce que vous rachetez.
  • L'appel à candidatures, lancé par la direction des Douanes lors de l'implantation d'un nouveau débit.

Dans les deux cas, vous devez remplir des conditions préalables : être de nationalité française ou ressortissant de l'Union européenne, de l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, présenter des garanties d'honorabilité et de probité appréciées au vu du bulletin n° 2 du casier judiciaire, respecter vos obligations fiscales et douanières au cours des trois années précédentes, ne pas être gérant ou suppléant d'un autre bureau de tabac, et ne pas être sous tutelle ni curatelle.

Le débitant exerce en entreprise individuelle ou en société en nom collectif dont tous les associés sont des personnes physiques.

Une formation initiale est obligatoire avant la signature du contrat de gérance. Le contrat est conclu pour trois ans, renouvelable par tacite reconduction sous réserve de suivre une formation continue.

Depuis le 1er octobre 2025, le gérant doit déclarer aux Douanes une plage de présence hebdomadaire au moins égale à 60 % de la durée d'ouverture du débit.

Le détail de la procédure figure sur le portail Entreprendre du service public et sur le site des Douanes.

À retenir : ouvrir un bar-tabac suppose deux parcours parallèles. Le permis d'exploitation et la licence pour la partie bar, le contrat de gérance et la formation buraliste pour la partie tabac. Anticipez les deux calendriers.

Vos obligations une fois ouvert

L'ouverture n'est pas la fin des démarches. Plusieurs règles s'appliquent en continu.

  • L'interdiction de vente aux mineurs, sans exception. Vous pouvez exiger une pièce d'identité en cas de doute.
  • L'interdiction de servir une personne manifestement ivre.
  • Les affichages obligatoires : panonceau de licence visible de l'extérieur, prix des neuf boissons courantes, étalage de dix boissons sans alcool, affiche sur la protection des mineurs, interdiction de fumer. Le détail figure dans notre guide de l'affichage obligatoire dans les bars et restaurants.
  • Le respect des horaires, fixés par arrêté préfectoral et parfois restreints par la mairie. Aucune règle nationale ne lie les horaires à la catégorie de licence.
  • La responsabilité de l'exploitant en cas de trouble à l'ordre public ou d'incident lié à la consommation d'alcool dans votre établissement.

L'ensemble des démarches et des sanctions est détaillé dans notre article sur l'autorisation de vente d'alcool. Pour les règles propres à la licence IV, voir la réglementation de la licence 4.

Statut juridique et démarches

Le choix du statut détermine votre fiscalité, votre protection sociale et votre responsabilité. Entreprise individuelle, EURL, SARL, SASU ou SAS : le bon choix dépend de votre situation, du nombre d'associés et du montant investi.

Une particularité s'ajoute pour un bar : si vous achetez une licence IV, vous inscrivez un actif à votre bilan. Ce point mérite d'être discuté avec votre expert-comptable avant de choisir votre forme juridique.

Notre guide détaille chaque option : quel statut juridique pour son restaurant ou son bar.

Côté calendrier, l'ordre est le suivant.

  1. Vérifier la disponibilité d'une licence et l'absence de zone protégée à l'adresse visée.
  2. Choisir le statut juridique et immatriculer l'entreprise.
  3. Signer le bail, après vérification de la conformité ERP.
  4. Acquérir ou créer la licence.
  5. Passer le permis d'exploitation, et la formation en hygiène alimentaire si vous servez à manger.
  6. Déclarer la licence en mairie, au moins quinze jours avant l'ouverture.
  7. Poser les affichages et déclarer la diffusion de musique.

Ce délai de quinze jours est incompressible. C'est lui qui fixe votre date d'ouverture.

À retenir
  • La licence IV ne peut plus être créée : elle s'achète, se loue ou se transfère. La licence III se crée, sous réserve du quota communal.
  • Le quota est d'un débit de 3e ou 4e catégorie pour 450 habitants.
  • Vérifiez les zones protégées auprès de votre préfecture avant de signer un bail.
  • Une licence non exploitée pendant plus de cinq ans est supprimée.
  • Revendre du tabac dans un bar et ouvrir un bar-tabac sont deux projets différents, avec des procédures sans rapport.

Questions fréquentes sur l'ouverture d'un bar

Une licence III ou une licence IV, selon votre carte. La licence III autorise les boissons jusqu'à 18 degrés : vin, bière, cidre. La licence IV est indispensable pour les spiritueux et les cocktails. Un bar sans alcool n'a besoin d'aucune licence.
Non. Aucune licence IV nouvelle n'est créée en France. Pour en exploiter une, vous devez l'acheter, la louer ou la faire transférer depuis une autre commune, sous conditions et avec autorisation préfectorale. C'est cette rareté organisée qui explique son prix.
Le permis d'exploitation, obligatoire dès que vous exploitez une licence III ou IV. Il s'obtient à l'issue d'une formation réglementaire et reste valable 10 ans. La formation en hygiène alimentaire s'ajoute si vous servez à manger, même de simples tapas.
Un débit de boissons à consommer sur place de 3e ou 4e catégorie ne peut pas être ouvert dans une commune comptant déjà un établissement de cette nature pour 450 habitants. Une commune de 45 000 habitants ne peut donc compter que 100 licences III et IV cumulées.
Le préfet fixe par arrêté des zones protégées autour des établissements de santé, des équipements sportifs et des entreprises groupant habituellement plus de 1 000 salariés. Il peut également en créer autour des établissements d'enseignement et de loisirs de la jeunesse. Les distances varient selon les départements.
Oui, à ses seuls clients, sans devenir buraliste. Vous vous approvisionnez auprès du débitant le plus proche, après une déclaration d'engagement au moyen du CERFA n° 15348*02, dans la limite de 20 kg par mois. Les tabacs ne peuvent être ni exposés, ni faire l'objet de publicité.
Le buraliste est lié à l'État par un contrat de gérance de trois ans. Deux voies existent : être présenté comme successeur par un débitant qui cesse son activité, ou répondre à un appel à candidatures de la direction des Douanes. Une formation initiale est obligatoire avant la signature du contrat, et les conditions de nationalité et d'honorabilité s'appliquent.
Non. Si votre carte se limite aux boissons du groupe 1, sans alcool, aucune licence ni permis d'exploitation n'est nécessaire. C'est le cas des bars à jus, des coffee shops et des bars à smoothies. La formation en hygiène alimentaire reste obligatoire si vous manipulez des denrées.
Une association peut servir de l'alcool dans le cadre d'une autorisation temporaire délivrée par la mairie, limitée en durée, plafonnée en nombre par an et restreinte aux boissons des groupes 1 et 3. Si l'activité devient régulière, une licence de droit commun devient nécessaire.

Votre permis d'exploitation, indispensable pour exploiter votre licence

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Stéphane Gély

Dirigeant et formateur chez AVENTUM. Fort de plus de 15 ans d’expérience en hôtellerie-restauration, il accompagne les professionnels du secteur, notamment sur les formations au permis d’exploitation et en hygiène alimentaire (HACCP).